par Maayan Lubell et Steven Scheer
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'empresse de faire adopter le budget de l'État et d'éviter des élections anticipées qu'il risquerait fort de perdre, la guerre en Iran n'ayant pour l'instant guère contribué à améliorer sa cote de popularité dans les sondages.
Au début du conflit, le camp de Benjamin Netanyahu voyait une occasion pour la coalition de droite au pouvoir de tirer parti des premiers bombardements - qui ont notamment provoqué la mort de l'ayatollah Ali Khamenei - en organisant des élections avant la date prévue en octobre, a déclaré une source au fait de la stratégie politique du Premier ministre.
Celui-ci aurait pu forcer la tenue d'élections anticipées en laissant le Parlement échouer à adopter un budget avant le 31 mars, ce qui, en vertu de la loi israélienne, aurait déclencher un scrutin dans les 90 jours suivants.
Alors que les frappes américano-israéliennes ont tué une multitude de responsables iraniennes de premier plan, des proches de Benjamin Netanyahu avaient ainsi publiquement évoqué l'idée d'un scrutin en juin.
Mais près de quatre semaines après le début d'une guerre qui n'a jusqu'à présent pas atteint son objectif déclaré de renverser les dirigeants religieux iraniens, le Premier ministre israélien - qui détient le record de longévité à ce poste -cherche désormais à éviter des élections anticipées, ont déclaré trois membres de son gouvernement à Reuters.
Pour parvenir à ses fins, il table notamment sur l'allocation de fonds à des alliés politiques afin de s'assurer une majorité lors du vote du budget au Parlement, avec une procédure accélérée à la commission des Finances, afin de respecter la date butoir du 31 mars.
Le porte-parole politique de Benjamin Netanyahu n'a pas répondu à une demande de commentaire.
LE SOUTIEN À LA COALITION RESTE CONSTANT
Dans ses déclarations publiques depuis 2023, le Premier ministre a systématiquement rejeté les appels à organiser des élections anticipées en temps de guerre.
"J'espère que le gouvernement ira jusqu'au bout de son mandat (...), ce qui signifie des élections en septembre ou en octobre", a-t-il déclaré aux journalistes le 12 mars, ajoutant avoir appelé ses alliés à faire preuve de responsabilité et à adopter le projet de budget de 699 milliards de shekels (194 milliards d'euros environ), largement consacré à la défense.
La guerre contre l'Iran a permis à Benjamin Netanyahu de détourner l'attention de Gaza pour la porter sur sa campagne conjointe avec les États-Unis. Selon les sondages, les Israéliens approuvent largement ce nouveau front qui, selon le Premier ministre, a pour but d'éliminer une menace existentielle pour l'Etat hébreu.
Mais les sondages électoraux suggèrent une situation pratiquement inchangée depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle le Moyen-Orient a basculé dans la tourmente avec l'attaque du Hamas contre Israël.
Les enquêtes montrent ainsi de manière constante que 40% environ des électeurs restent fidèles à la coalition de Benjamin Netanyahu, composée de partis nationalistes et religieux, tandis que 40% soutiennent les partis d'opposition et que les indécis ne se sont pas ralliés au Premier ministre pour le moment, a déclaré Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem.
Même si les Israéliens adhèrent aux objectifs de guerre, ils commencent en outre à se lasser à mesure que le conflit s'éternise sans qu'aucune issue claire ou solution diplomatique ne se profile, selon Gideon Rahat.
LE LIKOUD PERDRAIT DES SIÈGES AU PARLEMENT
"Il y a une vague de combats, quelques mois de calme, puis une autre vague", a-t-il dit.
Un sondage publié par le Times of Israel le 19 mars indiquait que le Likoud de Netanyahu remporterait quelque 28 des 120 sièges de la Knesset, contre 34 actuellement. Il serait ainsi le parti récoltant le plus de suffrages, mais sa coalition n'obtiendrait pas pour autant la majorité et ne remporterait que 51 sièges, selon la même enquête.
La ministre israélienne de la Science et membre du Likoud, Gila Gamliel, a déclaré début mars à une radio locale que les élections se tiendraient fin juin ou début juillet. Des membres éminents du parti et des collaborateurs de Benjamin Netanyahu ont tenu des propos similaires dans les médias israéliens.
Le Premier ministre a depuis reconnu qu'il n'y avait aucune certitude que les Iraniens renversent leurs dirigeants. Et à l'heure où la guerre entre dans sa cinquième semaine, la perspective d'élections estivales semble lointaine.
"Sa stratégie consiste à gagner du temps", selon Gideon Rahat.
Avec la fermeture des écoles et une ouverture seulement partielle des lieux de travail, la guerre contre l'Iran coûte à l'économie israélienne près de cinq milliards de shekels (1,4 milliard d'euros) par semaine, selon les estimations du ministère des Finances.
Le gouvernement Netanyahu a également dû approuver 32 milliards de shekels (8,9 milliards d'euros) supplémentaires pour des dépenses de Défense depuis le début du conflit.
€1,4 MD POUR LES ÉCOLES ULTRA-ORTHODOXES
Avec la forte hausse de ces dépenses, le gouvernement dispose d'une enveloppe réduite pour satisfaire les demandes des formations politiques dont le Premier ministre doit s'assurer le soutien au Parlement, notamment les partis juifs ultra-orthodoxes qui ont quitté l'exécutif en 2025.
Ces partis avaient menacé de voter contre le budget si une loi n'était pas d'abord adoptée pour exempter les ultra-orthodoxes de service militaire obligatoire, un sujet qui mine leur alliance avec Benjamin Netanyahu depuis 2023.
Mais ils semblent être revenus sur leur menace après que la coalition au pouvoir a alloué environ cinq milliards de shekels (1,4 milliard d'euros) aux écoles ultra-orthodoxes ce mois-ci. Les porte-parole des partis Shas et UTJ n'ont pas répondu à des demandes de commentaires.
Selon Vladimir Beliak, membre de l'opposition siégeant à la commission des Finances du Parlement, le gouvernement a privilégié "la survie de la coalition plutôt que la répartition équitable des ressources".
Benjamin Netanyahu est par ailleurs visé de longue date par un procès lié à des accusations de fraude, de corruption et d'abus de confiance qu'il rejette.
Avec le soutien de Donald Trump, il a adressé une demande de grâce officielle au président Isaac Herzog. Une grâce en cours de procès serait sans précédent et le système judiciaire israélien s'y est opposé.
(Avec Dedi Hayun et Tamar Uriel-Beeri, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)

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